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 Oh oui, causons jazz (Ziggy)

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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Mer 19 Mai - 22:48

Bien, j’ouvre ce sujet avec cet avertissement préliminaire :
Nous ne sommes pas des jazzeux, sinon on se causerait ailleurs que sur ce forum, la chose est entendue.
Pour beaucoup de jeunes rockeux, le jazz est une musique chiante, écoutée par des pseudo-intellos à lunettes à montures carrées (la formule n’est pas de moi) qui se la jouent, des snobinards insupportables qui se font chier eux-mêmes en passant à leurs collègues de bureau les délires free de Cecil Taylor mais prennent un air inspiré en les écoutant. Qui sont obligés de se relever la nuit pour écouter en cachette Twist à St Tropez ou Smoke on the water à fond au casque en faisant de l’air guitar avec un balai Swifer dans leur salon meublé en contemporain norvégien, vu que le suédois, « Atthhhends, c’est throp ringhhhard ! »
Voilà, le cliché est posé.
Certains d’entre nous considèrent cependant que, sans adhérer entièrement à un genre musical, on peut y découvrir un tas de beautés, parfois très réputées, parfois moins. On en trouve dans la musique brésilienne (Vinicius de Moraes :Grabado en Buenos Aires, Milton Nascimento : Sentinela), asiatique (Nusrat Fateh Ali Khan : Night song), classique (Bartok : Musique pour cordes, percussions et celesta, Haëndel : Dis-donc, les nénés) et ceteri, et cetera.
Subséquemment, il appert que la musique de jazz recèle des merveilles, faites par des gens aussi sincères que les plus allumés des rockers sixties, aussi bons mélodistes que nos icônes pop favorites. C’est de cela dont nous voulons parler, pas du jazz débité au kilomètre, où un solo inutile suit un solo pompé sur un autre, qui lui-même enfilait des clichés mille fois entendus. Je ne suis pas spécialiste du genre. Je suis aussi un rockeux de formation, nourri des Beatles/Beach Boys/Stones/Kinks de mon grand frère que je salue au passage, et le 1er album que j’ai acheté avec mes sous c’était Hendrix :Band of Gypsies que j’écoutais sur un électrophone Nogamatic (marque des 3 Suisses) en 1970, l’année où je suis allé voir Woodstock au cinéma 3 fois de suite. Puis, Joplin-Cheap Thrills, Doors-Absolutely Live, Pink Floyd-More et The Band-The Band. Ben, oui, c’est comme ça. Babacoolisme à donf. Ah, Castaneda, L'Herbe du diable et la petite fumée ! Arrivent Soft et les cuivres de Nick Evans et Mark Charig, les solos d’Elton Dean dans Third et Fourth . Je me souviens encore de la chronique de Third par Paul Alessandrini dans R&F, il disait (de mémoire) : « Elton Dean, plus précis, plus mescalin, que Coltrane-chaleur élastique qui étreint ». La mescaline, j’ai pigé un peu après. Mais ce « Coltrane-chaleur élastique qui étreint », c’est une formule qui m’a scotché à l’époque. Du coup, je suis allé renifler sur ces terres-là, avec pas mal de déceptions et d’ennui parfois, mais avec d’immenses émerveillements aussi.
Je laisserai à d’autres le soin de parler, s’ils le souhaitent, des grands classiques, genre A Love Supreme ou Kind of Blue. Perso, j’ai davantage envie de causer de choses un peu moins connues, mais pas obscures pour autant, qui pourraient convaincre un certain nombre de gens ayant l’esprit et les esgourdes ouverts. Un soupçon de prosélytisme dans la démarche ? Oui, assumé. Je me permettrai donc de revenir sur des albums dont j’ai parlé par ailleurs (dernièrement dans « vous écoutez quoi » où je me suis un peu lâché) mais auxquels je tiens, et d’en présenter quelques autres, bien sur.
Il s’agit de parler de ce qu’on aime, de ce qui nous touche ou nous éclate, pas de faire une « Encyclopédie des grands classiques du djâââzz », s’pas ?
Est-on d’accord sur l’essentiel ? Tell me about it.
Je pense m’être assez investi dans le truc, donc je ne tirerai pas le 1er. Si quelqu’un veut se lancer, sans craindre les foudres de la censure du Grand Inquisiteur Coupeur de Roustons dévoué à la secte du Purisme Intransigeant (hello, Mtwallet ), qu’il se lance !


Dernière édition par Peter Mermoz Steinhauser le Jeu 3 Juin - 20:28, édité 1 fois
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Puck
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 20 Mai - 14:46

Ben vas y lance toi, tu as bien du raconter tout ça pour en arriver à une conclusion sur ce que tu aime, explique donc !
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Béroalde De Fuzz
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 20 Mai - 18:42

Le jazz, un certain jazz, l'écouter c'est faisable, bien d'accord.
Mais en parler... une autre paire de manches. Trop musical. Autre chose que le teenage trash punker revival de base.

Au-delà d'une impression vague, l'évocation de la truculence pachydermique de Mingus, des éraillements déchirants d'Ayler, ou du piano faux de Monk (mauvais terme, d'ailleurs), que dire sans rougir d'ignorance et d'incompétence crasse?
C'est sans doute une impression à la con, mais voilà.
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Puck
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 20 Mai - 19:56

Tout ça parce qu'à partir de la fin des 40's, quelques connards de blancs issus du cool et à l'origine de la third wave et de tous le jazz west coast, on voulu faire passer le jazz pour de la musique classique, et faire croire qu'il n'y avait que la théorie et la musique qui comptait. Moi je le clame haut est fort, le jazz peut être vu sous un aspect aussi culturel que le blues et le rnb à l'époque. Depuis le swing accompagnant le bootlegin' jusqu'au free jazz se rapprochant du mouvement des droits civiques en passant par le bebop remplissant les pistes de danses et le hard-bop clamant sa "négritude", il y a toute une histoire du jazz qui est belle et bien populaire, et n'a rien de la saloperie élitiste qu'on essaye de vendre depuis un demi-siecle. Il y a une époque pas si éloignée (les 60's), ou écrire sur le jazz en France était synonyme de prise de position sur le racisme (voir les meilleurs textes écrits par Siné, ceux du courier des lecteurs de Jazz Hot et Jazz Mag), et sur la jeunesse (ça entrainait vite à parler de l'influence du blues sur les stones, et des stones sur johnny). Et pour illuster tout ça simplement, une des grandes voix du XXe siecle avec les deux rois du ténor des 40s (et Mullighan, un blanc resté sympathique (tout comme Baker)) :

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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 20 Mai - 20:17

J'adhère à ton propos Ziggy.
Mais comme je suis niaisement un peu provoc., je commence par un truc décalé que j'ai rédigé pendant que vous papotiez dans le fond en profitant que j'ai le dos tourné.Voila:
Allons-y ! Je commence par du polémique (pour les SoftMachinophiles, j’entends) !
[J’en profite pour rectifier une erreur dans mon post introductif : c’est Melmoth aka Dashiell Hedayat et non Alessandrini qui signait la chronique de Third dans R&F.]
Fourth de Soft Machine, album sorti en 1971.
C’est absolument un album de jazz, qui n’a strictement rien à voir avec du jazz-rock (le fait que 2 instrumentistes sur 9 jouent électrique ne change rien à l’affaire). La suite logique des Slightly all the time et Out-bloody-rageous sur Third, de l’entrée d’Elton Dean et d’un Wyatt réduit à un rôle exclusif de batteur. Album mésestimé par rapport à Third, à tort à mon avis puisque si l’on met à part Moon in june, qui est davantage un demi album solo de Wyatt qu’autre chose, je ne vois pas de différence profonde de style, ni de qualité musicale, entre les 2 faces instrumentales de Third et l’ensemble de Fourth. Ce dernier ayant l’avantage d’être incomparablement mieux enregistré, avec une clarté qui permet d’identifier le son de chaque instrument à vent, tandis que Third a un son compressé et sourd auquel le remaster n’a pas changé grand chose.
Les titres:
Teeth, compo de Ratledge, tempo rapide.
Kings & Queens, compo de Hopper, tempo lent
Fletcher’s Blemish, compo de Dean. Gros délire free : à oublier illico.
Virtually Parts 1 à 4 : toute la 2de face, compo de Hopper, tempo lent à moyen.
Donc, rien de Wyatt et beaucoup de Hopper.
Les extras :
Roy Babbington (contrebasse), Mark Charig (cornet), Nick Evans (trombone), Jimmy Hastings (clarinette basse, flûte), Alan Skidmore (saxophone ténor) .
Kings and Queens est le morceau de l’album qui s’aborde le plus facilement. Je déconseille l’écoute sur Youtube qui abîme trop le son. Ici, les sonorités du cornet et du trombone sont étincelantes, on entend la vibration métallique des cuivres au service d’une simple, mais très belle mélodie qui tourne en boucle, ponctuée par la batterie de Wyatt, jamais aussi bien enregistré qu’ici. Wyatt joue sur des fûts de plus grand diamètre que la plupart des batteurs, ses toms, médiums ou basses, ont donc un son plus grave que les autres (c’est aussi frappant sur le Little red record de Matching Mole) et donnent une profondeur inhabituelle à son instrument.

Si la basse de Hopper est ici lourde et régulière, Wyatt, lui, ne se contente pas de poser le tempo, il tourne autour avec des roulements de toms qui enveloppent le thème principal, qui dansent autour de lui avec une finesse et une élégance rares.
Virtually part1. Un thème ultra-simple : deux accords de piano appuyés par les cuivres, la basse électrique et la contrebasse nettement séparées, Hopper a un son beaucoup plus sec. A 2 mn du début, un étonnant dialogue batterie-contrebasse, Wyatt se balade sur ses cymbales, virevoltant de l’une à l’autre façon Max Roach, jouant des différentes sonorités : étonnant ! Le thème reprend en s’accélérant jusqu’à la fin, avec la clarinette basse du grand frère Hastings dans le fond et Babbington qui passe à l’archet. Cela s’interromp brusquement et on passe à :
Virtually part2. Ratledge, avec ce son d’orgue nasillard, reptilien, joue le thème avec Dean, sans soutien rythmique. Pas à l’unisson en fait, mais décalés, l’orgue légèrement en avance sur le sax qui brode autour de la phrase de Ratledge. Wyatt arrive, ses roulements de tambours ne marquent pas le rythme là non plus, ils font une sorte de contre-chant à la mélodie. Le tempo revient mais, comme souvent chez Soft, marqué par les accords du piano. Dean pond un solo déchirant, aussi beau que celui qu’il fait à la fin de Slightly…. Un solo plaintif, rageur et virtuose à la fois, avec le son si particulier de son saxello, un soprano recourbé en fait. La comparaison avec les plus grands saxophonistes, Coltrane compris, n’est pas du tout ridicule.

Virtually part3. Commence sur de grosses mais agiles notes hopperiennes, on ne peut s’empêcher de penser à ce qu’il fait sur Alifib dans Rock Bottom (car ce n’est pas un piano électrique qu’on entend dans Alifib, mais la basse de Hopper qui joue très aigu, accordée très haut ou avec un capodastre, je ne sais, mais en tous cas, c’est bien lui). Sur ces notes se pose un bruissement cuivré qui crée une atmosphère sombre et fourmillante à la fois. Puis, c’est l’explosion de la fuzz bass, avec ce son ample mais incisif qu’on a jamais aussi bien entendu qu’ici. La fuzz reprend la fonction de Ratledge dans la part2, Dean sinuant autour du thème.
Virtually part4. Un court thème, répétitif, assez hypnotique, à la Terry Riley. La basse domine, jouée sur le bas du manche. Wyatt, impérial, fait rouler ses baguettes.
Teeth. Le morceau de Ratledge, le plus rapide de l’album (voir la vidéo ci après sur la fabrication de Teeth, notamment à partir de la 6e minute). La compo la plus tradi, la plus virtuose aussi et, finalement celle qui touche le moins, même si le jeu de Wyatt est ici complètement étourdissant de virtuosité. Je le place sans hésiter sur un pied d’égalité avec Tony Williams, Max Roach et Elvin Jones. Sans hésiter. Les solos de Dean sont survoltés, eux aussi débordants de virtuosité comme de férocité. C’est le morceau le plus typiquement jazz mais aussi le moins Softmachinien : le cerveau applaudit mais l’émotion des compositions de Hopper n’est pas là.

Répet de Teeth, Pop 2 : http://www.youtube.com/watch?v=c1PzqKQlbtI

Euhhh, dites-moi si j'ai été bon sur le coup, là. Sinon, j'arrête pasqueu ça prend du temps, quand même... @ Béro:Je ne vois comment parler autrement de cet album qu'en essayant de décrire ce que j'entends sans être trop technique non plus, anyway je ne suis pas musicologue.
@Ziggy: D'autant que c'est un album fait par des gens qui n'ont rien à voir avec la culture noire américaine, qui sont en dehors de tout contexte politique et social, vois-tu.
Je vous embrasse bien fort,
Peter


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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 20 Mai - 22:56

@Béroalde De Fuzz a écrit:
Le jazz, un certain jazz, l'écouter c'est faisable, bien d'accord.
Mais en parler... une autre paire de manches. Trop musical.
Mais euh ... C'est-y point toué qu'avions suggéré que j'ouvrasse un sujet sur le sujet de façon à éviter que ça se dilue dans le "Vous écoutez quoi" ?
Mes respects néanmoins.
Peter
PS j'aime bien signer, même si il y a mon nom à côté, je trouve ça plus poli.
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Béroalde De Fuzz
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 20 Mai - 23:19

Justement.
C'était pour que les autres en causent.




Pour pas que ce post soye un inutile post de plus, un coup de beauté pure avec Albert Ayler, pas du tout du jazze intello pour le coup:
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 20 Mai - 23:38

La, j'aime beaucoup. J'ai toujours reculé devant Ayler et Pharoah Sanders aussi d'ailleurs. Ce que j'en ai entendu me semblait trop free pour que j'y accroche. Suis plus à l'aise avec Shepp (peut-être aussi parce que vu sur scène). Mais cette sonorité de tenor un peu frêle et ce vibrato hésitant, comme si il manquait de souffle, très beau vraiment. Mais si tu allusiones à Soft4 en parlant de jazz intello, perso, j'arrive pas à trouver ça intello, j'avais 15 berges quand ce truc est sorti et je suis juste tombé dedans sans me poser de questions! Maintenant, je trouverais sympa qu'on mette dans nos posts des références d'albums et pas seulement des Youtube (même si c'est c'est bien aussi parce que ça va plus vite). Là par exemple je ne sais pas où se trouve ce Nobody Knows, donc ça m'aide pas trop. Mon prochain post sera un très beau Shepp ! Mais faut quand même que je sache si ça intéresse quelqu'un pasqueu, encore une fois, j'ai pas envie de bosser pour des prunes...
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Ven 21 Mai - 0:10

@Béroalde De Fuzz a écrit:

C'était pour que les autres en causent.
T'es qu'un gros feignant, Béro. Mais je te pardonne, parce que ton morceau de Ayler a rien fait qu'à faire entrer la compassion dans mon cœur. J'ai trouvé (tout seul = Grrrrrrr) l'album d'où ça vient: Goin' Home, 1964. Et la chronique d'Amazon dit le contraire de ce que j'ai dit:(...) his tone, amazingly round and with a thick vibrato (...). thick, c'est épais, moi je le trouve frêle. Étonnant, non ?
A part ça les p'tits gars, il n'y en a pas un qui ait envie de nous causer d'un ses disques favoris ? Je sais qu'il fait beau et qu'on devrait pas rester collé sur son ordi de ce temps-à, mais à la fraîche ...
Je vais m'y coller avec un Shepp, demain soir, comme promis et, plus tard un Rahsaan Roland Kirk.
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Ven 21 Mai - 20:29

Archie Shepp – Karin Krog Hi-Fly

Archie Shepp – Karin Krog Hi-Fly
Hi-Fly n’est pas un disque de saison. J’ai regardé la météo, il fait beau partout même dans les terres habituellement sombres et brumeuses du Mordor ( = tout ce qui se trouve au nord de la Loire), c’est une catastrophe.
Car Hi-Fly est essentiellement un disque lunaire, un disque de soirée amoureuse avec feu de bois et verre de bourbon tiède, si ce n’est de Southern Comfort, ou, mieux encore, de Baileys, ce truc qui « dégage des parfums de crème et de café et des arômes d'amande, de chocolat, de caramel et de noisette avec un goût doux et sucré » et qui se sirote tout doucement. Vous voyez, on est loin d’Attica Blues et très loin de la New Thing. Ce n’est pas un album que les discographes de Shepp mettent en avant et, ainsi noyé dans la production pléthorique du bonhomme, il peut apparaître mineur ou anecdotique. Ce dont je me fiche éperdument, puisque, vous l’avez compris, j’adore cet album.



Pour Shepp, d’abord. Il est donc dans sa période « retour au classicisme », mais il ne peut se renier : ses solos, ses contre chants sur la voix de la chanteuse, sont à la fois parfaits techniquement, inventifs mais émaillés de ces dissonances dans l’aigu qui viennent du free. Il a une maîtrise du souffle impressionnante, on sent qu’il y a de la pression derrière et il n’est point besoin de le voir pour comprendre que le bonhomme n’est pas un petit freluquet.

Pour la voix de Karin Krog ensuite, plutôt grave avec un registre peu étendu, une voix feutrée qui me fait penser à Abbey Lincoln voire à Billie Holiday. Bon, n’exagérons rien, elle n’a pas le timbre incroyable de ces deux-là, c’est une voix plus ordinaire, mais très juste avec un beau vibrato. Pas bouleversante, mais très agréable (l’effet Baileys si on veut).
Pour les compos, aussi. Face 1, le toujours très chouette Sing Me Softly Of The Blues de Carla Bley. A mon avis, c’est sûrement un blues… Steam est une compo de Shepp, un truc syncopé, chaloupé, long solo de Shepp, tellement évident qu’on peut le chanter à la 2e écoute. Daydream termine la face : sensuel, élégant et classieux. On en bave son Baileys. Face 2, commence avec un autre standard ellingtonien, Solitude. C’est une conversation entre le sax et la voix, sans autre instrument, un dialogue qui est peut-être le meilleur morceau de l’album.
Sur le Hi-fly de Randy Weston, le tempo est plus vif et le tromboniste Charles Greenlee, vieux compagnon de route de Shepp y va de son solo lui aussi. Ça balance terrible ! Le dernier morceau, Soul eyes de Mal Waldron, très bon aussi, clôt l’album en le terminant. (Mais qu’est-ce que t’ôtes au logis ?).
Je vous mets une tite video, mais sans Karin (Y en a pas). Le son est mauvais et Shepp moins bon que dans l'album, mais ça donne une idée du bonhomme à l'époque (l'album est de 76 et ça de 78):
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Lun 24 Mai - 11:23

A Great Black Miracle !


"Prepare thyself to deal with a miracle", de Rahsaan Roland Kirk

  1. "Salvation and Reminiscing" - 5:22
  2. "Seasons: One Mind Winter/Summer/Ninth Ghost" - 9:37
  3. "Celestial Bliss" - 5:40
  4. "Saxophone Concerto: Saxophone Miracle/One Breath Beyond/Dance of
    Revolution" - 21:00
Recorded at Regent Sound Studios, NYC, January 22, 1973


Je commence par une citation : « Comme Sun Ra, Ornette Coleman et peut-être Don Cherry, Rashaan Roland Kirk est l’un des rares musiciens de jazz à avoir trouvé une bonne partie de son public fanatique parmi les amateurs de rock – voire de punk rock! Sa musique en effet était toute d’énergie faite, d’audaces, de débordements, elle était aussi bien ancrée dans le blues et le rhythm’n'blues. » (http://vibrationsmusic.com/2008/07/04/roland-kirk/)
A great black miracle ! Rahsaan, Rahsaan ! C’est ce que clame Jeanne Lee en ouverture du Saxophone Concerto qui occupe la face 2. Et le titre de l’album « Prepare thyself to deal with a miracle » pour dithyrambique qu’il soit n’est pas excessivement excessif. C’est un miracle, pas une prouesse de foire. On a trop vite fait de classer l’ami Rahsaan parmi les animaux de cirque, de ne voir chez lui que l’exploit technique, le côté Guiness Book. C’est une erreur grossière.
Certes, musicien aveugle, il avait développé des techniques qui lui étaient propres, en particulier, le souffle continu : capable d’inspirer tout en soufflant, il délivre dans ce disque un solo ahurissant dans le bien nommé « One breath beyond », sur un rythme endiablé de musique Dixieland/Klezmer. Il joue de 3 saxophones à la fois, l’un délivrant une note continue, comme avec une cornemuse, c’est ce qu’on entend dans « Celestial Bliss ». Il pratique aussi la nose flute, dans « Seasons » qui lui permet de jouer de deux flûtes simultanément avec la bouche ou les narines, tout en chantant…

Cependant, au delà de ces prouesses Kirk était, pas très loin de Sun Ra, Don Cherry et l’Art Ensemble of Chicago, un passionné de la musique noire populaire. Je cite :" Du Dixieland au Free Jazz, en passant par le Blues, le Be-bop et la Soul Music, il explorait et remettait en question la tradition de la musique noire américaine "(http://neospheres.free.fr/jazz/kirk.htm). Mais l’influence des musiques populaires, africaine voire asiatique, à sa place aussi comme chez Don Cherry (il faudra que je vous cause de « Brown Rice du dit Don). A l’époque de cet album, Kirk est très proche de l’AACM de Chicago (http://www.aacmchicago.org/) qui travaille à l’élaboration de la Great Black Music. Cet album est donc un album de musique noire populaire d’avant-garde. La contradiction apparente des termes trouve sa synthèse dialectique dans cet album.
Un album à ne pas louper car "this is yet another criminally underappreciated Rahsaan Roland Kirk
recording from the last phase of a remarkable career
", écrit à juste titre Thom Jurek sur ALLMUSIC.
Donc, un album enthousiasmant, dansant (saxophone concerto), onirique (Celestial bliss) : Ne passez pas à côté, ce serait dommage.
Une vidéo où Roland Kirk joue tandis que John Cage pose des questions plutôt pertinentes, telles que :
Pourquoi est-ce si difficile pour tellement de gens d'écouter ?
Pourquoi se mettent-ils à parler lorsqu'ils devraient entendre ?
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Mer 26 Mai - 2:33

Il fut un temps où, dans les festivaux, se côtoyaient Don Cherry et Pink Floyd augmenté de Frank Zappa, Captain Beefheart et l'Art Ensemble of Chicago, Soft Machine et Archie Shepp, Daevid Allen, Caravan et Anthony Braxton. Et avec le soutien de Ricard (pas Rocard, non, Ricard). Comme quoi, les chapelles n'ont pas toujours été aussi hermétiques, cqfd. Si l'affiche n'apparait pas, cliquez sur le lien. Elle vaut le coup d'oeil.

Chronique d'Amougies 'Alessandrini, R&F, décembre 69) : http://www.killuglyradio.com/boot/gilboot/amougies/


Dernière édition par Peter Mermoz Steinhauser le Mer 26 Mai - 22:08, édité 3 fois
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Béroalde De Fuzz
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Mer 26 Mai - 13:43

Effarant Roland Kirk, encore mieux que ce qu'on pouvait espérer.

Pleins d'articles passionnants, donc, on n'ose même plus ouvrir la bouche de peur de faire baisser le niveau.
Alors faisons plutôt parler la poudre avec le gargantuesque Mingus, un vrai truc de ponque:


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Puck
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Mer 26 Mai - 13:45

Tiens, un super blues avec Geroge Adams au chant, que l'on peut trouver sur le dvd de Mingus à Montreux :

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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Mer 26 Mai - 14:13

@Béroalde De Fuzz a écrit:

Pleins d'articles passionnants, donc, on n'ose même plus ouvrir la bouche de peur de faire baisser le niveau.
Merci, merci ...
Mais non, n'hésitez pas à l'ouvrir, je découvre des trucs et ça me plaît bien (juste, au risque de me répéter, des références d'albums en plus des vidéos, ce serait coule). Par ailleurs, j'essaie de continuer à alimenter, mais je me rends compte que ce n'est pas si aisé et que Béro n'avait pas complètement tort en écrivant "Mais en parler... une autre paire de manches. Trop musical. Autre chose
que le teenage trash punker revival de base."
Mais je m'entête, car je peux faire preuve d'une obstination têtue, opiniâtre et tenace. Je suis en gestation d'un petit compte rendu de "Brown Rice de Don Cherry". Accouchement probable tard dans la soirée. Merci encore pour vos contributions.
PS: bizarrerie technique: l'image de l'affiche du festival d'Amougies a disparu un temps de mon précédent post...
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Mer 26 Mai - 14:30

ZiGGy a écrit:
Tiens, un super blues avec George Adams au chant
Groovy ce Devil's blues. Cela me fait penser que j'ai en magasin un bon George Adams/Danny Richmond : "Hand to hand". Moins pétulant que ces Mingus mais bien intéressant tout de même. J'en causerai un de ces 4.
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Mer 26 Mai - 19:22



Don Cherry - Brown Rice - 1975
Don Cherry – trumpet, electric piano, vocals
* Frank Lowe – tenor sax
* Ricky Cherry – electric piano
* Charlie Haden – acoustic bass
* Hakim Jamil – acoustic bass
* Moki – tamboura
* Billy Higgins, drums
* Bunchie Fox – electric bongos
* Verna Gillis – vocals
Tracks:
1. Brown Rice
2. Malkauns
3. Chenrezig
4. Degi-Degi


Boris Vian, auteur de « L’automne à Pékin » et de nombreux aphorismes, dont le misogyne mais néanmoins croustifondant « La femme est ce que l’on a trouvé de mieux pour remplacer l’homme quand on a la déveine de na pas être homosexuel », possède un point commun avec Don Cherry, il jouait de la trompinette.

Le suffixe diminutif « inette » manquant résolument de sérieux, on utilisera pour Don Cherry le terme de « pocket trumpet », trompette de poche. « Contrairement aux idées reçues, la trompette de poche a la même longueur de tube que la trompette normale, car celui-ci est simplement plus enroulé » (Wiki).

La pochette originale (pas l’infâme de la réédition cd) donne une idée du contenu : un jazz électrique à la manière de Miles Davis époque Bitches Brew avec des influences africaines, comme chez l’Art Ensemble of Chicago, mais aussi balinaises, indiennes. World jazz donc, bien avant la période bobo Gabriel-Real World. Un truc sincère. Écoutez donc le 1er morceau dans la vidéo. Une sorte de métallophone façon gamelan balinais, dessine la mélodie, accompagnée du « space whisper » de Verna Gillis. Le grondement qui arrive ensuite, c’est la contrebasse de Charlie Haden, électrifiée et branchée sur une wah-wah, puis les bongos électriques (!) entrent en piste et, en même temps que la trompinette, Don Cherry chante Tchi ki tam, Tchi ki tam, Tchi ki tam, Brown riiiiiiiiiiiiice ! C’est lancé et ça groove… Je ne rentre pas dans les détails, mais le reste est du même tonneau. Des sons de sitars ouvrent Malkauns et la contrebasse avec un son hénaurme entame longuement le morceau avant d’être rejointe par la batterie de Billy Higgins et un Cherry ici très MilesDavisien. Peut-être mon préféré de l’album (mais j’ai un penchant coupable pour la basse en général). Des clochettes de temple indien débutent Chenrezig et Cherry chante une sorte d’incantation tantrique (enfin, genre…). Le très funky Degi Degi, avec la rythmique piano Fender/contrebasse électrifiée/batterie termine cet album magnifique, chef d’œuvre du Cherry des 70’s. Organic music, lit-on sur la pochette. Mmmmmhh, voui, ça colle pas mal. ۞

Bonus : témoignage de Franl Lowe, le sax ténor. Frank Lowe « A cette époque, j’essayais de mélanger King Curtis, Junior Walker et Coltrane. Ça amenait à une espèce de funk exotique. J’essayais aussi de mélanger le blues aux sons rauques de Gato Barbieri et Pharoah Sanders. Je les adorais et je savais qu’il en était de même pour Don Cherry. La musique de Don t’accueille : tu es dans le ventre de ta mère, tu n’as besoin de rien, tout se passe facilement. Lors de l’enregistrement, les vibrations étaient positives, nous étions tous solidaires, encouragés par Don. Dans une de ses compositions, je ne trouvais pas ma place et Don m’a conseillé de me sentir comme un grand oiseau qui survole la plaine. A la prise suivante, c’était parfait. Don m’a offert une vision des choses qui m’a beaucoup aidé. Une vision que je connaissais pour avoir écouté Coltrane avec le disque Expression. Je ne sais pas comment a fait Don pour retrouver l’intensité de Trane, mais il l’a fait. Quelle chance pour moi ! ».


Dernière édition par Peter Mermoz Steinhauser le Mer 26 Mai - 21:39, édité 1 fois
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Mer 26 Mai - 19:32

NB. Je viens d'écouter Brown Rice sur Youtube. Le son que j'ai ne rend pas justice à l'album. Est-ce la vidéo elle-même ou la carte son ultra basique de mon portable, ou les 2 ? Un peu déçu, je suis. La basse de Haden, en particulier n'est pas du tout rendue comme dans l'album. Essayez de ne pas juger là-dessus ... Youtube permet autant de se faire une idée du disque qu'une carte postale permet de juger des fresques de la chapelle sweet little sixtine. Beuhhhhhh.
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 27 Mai - 0:55

J'ai bossé comme un fou :
Le pianiste béninois Tchangodei vit en France à Lyon http://www.tchangodei.com/
En 1996, il a enregistré "Ginseng" avec Archie Shepp saxophone tenor et soprano, Wilbur Little contrebasse, Clifford Jarvis batterie
Volcanic Records N°24083
Titres : Una noche con Francis - Soweto - Ginseng - Mavichavel - Regard


C'est un pianiste étonnant, un son sec, avec peu de résonance, très percussif. Il déverse des torrents de trilles, comme un ... euh... torrent ! Un jeu qui fait contraste avec le son rauque, épais, de Shepp. On appelle ça le "growl" du ténor.
Cela donne un album avec 2 morceaux particulièrement splendides. Hélas, le dit album est quasi-introuvable aujourd'hui que ce soit sur le net ou en cd (j'ai du acheter le dernier exemplaire chez Abeille Musique). C'est pourquoi, j'ai ouvert un compte Youtube et que j'ai uploadé ces 2 vidéos (mal) faites maison. Tellement que je suis trop sympa avec vous ...
Mavichavel:

Soweto :
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Lun 31 Mai - 14:31

L'Art Ensemble of Chicago : Third Decade (1984) et Coming Home Jamaica (1998). Deux albums que j'aime beaucoup même si je ne connais pas toute la discographie du groupe.


Il me semble, quand j'en parle autour de moi, que le groupe est méconnu et que (ou bien parce que) l'étiquette "free jazz" leur colle à la peau. Tout cela est plutôt injustifié, l'AEOC se rattache au courant de la "great black music" initiée par l'AACM (« Association for the Advancement of Creative Musicians »), une association créée à Chicago en 1965 à l'initiative du pianiste Muhal Richard Abrams.
Je ne saurais dire mieux que le très bon article de Wiki à leur sujet, que je cite sans vergogne : " Un concert de l'Art Ensemble Of Chicago commence parfois en retard, car le groupe commence par se vêtir de couleurs bariolées (boubous et autres tuniques) et choisit les peintures de guerre qui ornent leurs visages (sauf Lester Bowie, sobre dans son costume strict, immaculé, cravaté sobrement). Commence l'alchimie de la « Great Black Music » : mêlant l'archaïque et l'ultramoderne, rythmes africains et évocations des grands anciens du jazz ou références européennes, préhistoire du jazz (des bayous, dans les « barrel house » et les « honky tonks », chants des « minstrels ») et expérimentation, les cris et les chuchotements, les polyphonies gordiennes et les solis parfaitement ordonnés, le sérieux et le sarcasme, et l'humour, et l'ironie, et le pathétique, la révérence et l'iconoclastie, passé et présent, en un patchwork bigarré débité avec le plus grand sérieux, un exposé de musicologie appliquée. L'art Ensemble est un paradoxe vivant, même un oxymore permanent. Tout cela tient de la bacchanale, du culte panique, de la cérémonie vaudou et de la recherche contemporaine, mais dans un déroulement maîtrisé, un cérémonial méticuleux."
Pas mal écrit, non ? Donc, on n'est pas très loin de la musique proposée par Rahsaan Roland Kirk. Que le rockeux ne craigne pas de s'aventurer par ici, il n'y trouvera pas une musique "intello" comme on dit maintenant (bien que je vomisse cet épithète) mais une musique joyeuse, rythmée, festive, dansante, funky, chantante, mais libre, il est vrai. Moins corsetée par la régularité du tempo que le rock, fut-il psyche-fuzz-bidule, moins étouffée par l'angoisse de la fausse note. Car, n'est-ce pas, dans notre cher rock 'n roll, aussi sale que soit le son (je ne parle pas de la saleté qu'a le son, on n'est pas au Canard, ici), la mélodie est toujours parfaitement propre, n'est-elle pas ? Je pense qu'un certain nombre d'entre vous vont faire onduler leur auguste popotin devant leur pc en regardant et en écoutant ceci :
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 3 Juin - 0:51

Spirit Sensitive (1979)
1. Autumn In New York
2. Peace
3. A Child Is Born
4. Lonnie's Lament
5. You Don't Have To Say You're Sorry
6. Wise One
7. It Never Entered My Mind
8. Close To You Alone
9. Carnival
10. Don't Get Around Much Anymore

C'est un album délicieux, composé de standards, dont 2 belles reprises de Coltrane. Certes, Chico (fils de Von Freeman, mais il n'y est pour rien) est un petit maître. On ne saurait le comparer ni à Shepp, ni à Coltrane, et pourtant cet album évoque furieusement le "Ballads" dudit John. J'oserai même affirmer qu'il soutient la comparaison avec celui-ci. Un jazz apaisé, un peu "fin de soirée", parfait pour draguer ou pour caresser son chat, mais pas fadasse. Une musique délicate, ciselée par Chico et les excellents Cecil McBee à la contrebasse et John Hicks au piano. Colossale finesse. Le petit Jésus en culotte de velours qui vous caresse les esgourdes. Si vous avez un peu mal à la tête après vous être passé l'intégrale des Nuggets, ceci ne pourra que vous faire le plus grand bien. Mention spéciale au légèrement trop sirupeux, mais si fluide, Carnival (1000 fois mieux que chez Stan Getz. Vous me direz, y a pas de mal ...). Chico Freeman a également enregistré un "Tales of Ellington" paradoxalement plus moderne et excellent également.
NB Ne pas confondre Spirit Sensitive avec Still Sensitive de 1995, supposé être un prolongement du précédent mais nettement moins intéressant.
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Peter Mermoz Steinhauser
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 3 Juin - 0:56

Voila, c'est pas que je me sente seul, mais j'ai un peu l'impression d'être isolé dans ce sujet. Donc, même sans pondre des tartines, j'aimerai bien connaître quelques noms d'albums que vous aimez. Je suis curieux et je suppose que vous avez bon goût, alors... On est quand même un peu là pour se faire connaître des choses mutuellement, non ?
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 3 Juin - 10:03

@Peter Mermoz Steinhauser a écrit:
Voila, c'est pas que je me sente seul, mais j'ai un peu l'impression d'être isolé dans ce sujet. Donc, même sans pondre des tartines, j'aimerai bien connaître quelques noms d'albums que vous aimez. Je suis curieux et je suppose que vous avez bon goût, alors... On est quand même un peu là pour se faire connaître des choses mutuellement, non ?

Moi je suis là pour les meufs.

Le seul et unique truc de jazz que j'écoute parfois, c'est le live de Miles Davis à l'île de Wight. Et je ne saurais pas en dire grand chose... ça pète bien en tout cas.
Voilà j'ai tout donné.
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Macca-B
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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 3 Juin - 10:37

unique album de jazz acheté ever in my life, bien dans le style, trio batterie/hammond/trombone,

j'avoue ne pas avoir persévéré et me suis contenté de deux écoutes appliquées,
sinon mes parents m'amenaient (presque sous contrainte) au festival de jazz de munster (assez réputé malgré ce que l'on peut croire), mais ce qui me plaisait (déjà) plus c'était les soirée blues/ rythm'n'blues, je me souviens notamment d'une prestation fabuleuse de Russell Malone, bluesman américain et guitariste de génie

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MessageSujet: Re: Oh oui, causons jazz (Ziggy)   Jeu 3 Juin - 11:17



essaie ce disque à l'occasion Clément, même si le meilleur titre reste quand même the Cat
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Oh oui, causons jazz (Ziggy)
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